Acquisition : identifier les risques et les atouts

Lorsqu’on analyse une entreprise avant son acquisition, une grande partie du travail consiste naturellement à chercher les risques. C’est indispensable. Pourtant, une bonne Due Diligence ne devrait pas uniquement répondre à la question : « Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ? »

Elle devrait également permettre de comprendre ce qui fonctionne particulièrement bien.

Après avoir étudié la réalité opérationnelle du business avec le MKS – mètres, kilos, secondes – puis son fonctionnement humain avec le CSO – culture, structure, organisation –, deux dimensions supplémentaires permettent d’affiner l’analyse : les KDP et les KSF.

Les premiers permettent d’identifier les dépendances critiques. Les seconds révèlent les facteurs qui expliquent la réussite de l’entreprise.

Autrement dit, les KDP montrent où la valeur peut se fragiliser. Les KSF montrent où elle peut se développer.

KDP : de quoi l’entreprise ne peut-elle pas se passer ?

KDP signifie Key Dependence Points.

Le principe est simple. Une entreprise peut être rentable, bien organisée et disposer d’un excellent outil de production. Pourtant, sa pérennité peut dépendre de quelques éléments seulement.

Un client peut représenter 35 % du chiffre d’affaires. Un fournisseur peut être quasiment impossible à remplacer. Le fondateur peut entretenir seul les relations avec les principaux clients. Une compétence technique essentielle peut être détenue par deux salariés.

Dans d’autres situations, la dépendance concernera un bail, une licence, un agrément, une technologie, une matière première, un prestataire ou encore une réglementation.

Ces dépendances peuvent être relativement discrètes dans les comptes.

Pourtant, elles font partie des risques d’une acquisition d’entreprise et peuvent modifier profondément la lecture de sa valeur.

Le même EBITDA, mais pas le même risque

Imaginons deux entreprises réalisant chacune 2 millions d’euros d’EBITDA.

La première possède plusieurs centaines de clients. Aucun d’entre eux ne représente plus de 5 % de son chiffre d’affaires. Ses achats stratégiques sont répartis entre plusieurs fournisseurs. De plus, les relations commerciales sont partagées entre différents membres de l’équipe.

La seconde génère exactement le même EBITDA. Cependant, son principal client représente 40 % de ses ventes. Une matière essentielle provient d’un fournisseur unique. Enfin, le dirigeant entretient personnellement la majorité des relations commerciales importantes.

Les résultats financiers sont similaires.

Le profil de risque ne l’est absolument pas.

Une concentration importante ne signifie pas automatiquement qu’une entreprise est mauvaise ou qu’elle ne doit pas être acquise. En revanche, elle pose des questions auxquelles l’acquéreur doit pouvoir répondre.

Que se passerait-il si le client principal partait ? Combien de temps faudrait-il pour remplacer le fournisseur stratégique ? Les relations commerciales survivraient-elles au départ du dirigeant ? Existe-t-il une alternative à la technologie utilisée ?

Identifier les KDP consiste donc à chercher les endroits où une modification relativement limitée pourrait provoquer un impact disproportionné sur les performances de l’entreprise.

Une Due Diligence doit regarder au-delà des performances actuelles

Cette logique rejoint celle de la Due Diligence stratégique et commerciale.

PwC souligne notamment que prendre une décision éclairée nécessite d’aller au-delà des performances actuelles et attendues de l’entreprise. L’analyse doit également considérer son environnement, son marché et les évolutions susceptibles d’affecter son activité.

C’est essentiel dans une acquisition.

Les chiffres historiques permettent de constater qu’un modèle a fonctionné. Ils ne garantissent pas que les conditions qui ont permis cette performance seront toujours réunies dans trois, cinq ou dix ans.

L’objectif des KDP n’est donc pas d’établir une liste anxiogène de tous les scénarios possibles. Il est de distinguer les dépendances normales d’un business des véritables points de rupture potentiels.

Et surtout, d’intégrer ces éléments dans la réflexion sur le prix, la structure de la transaction et le projet post-acquisition.

Après les points de rupture, cherchez les points d’accélération

Toutefois, se concentrer uniquement sur les dépendances conduirait à une vision incomplète de l’entreprise.

Car si certaines caractéristiques expliquent sa fragilité, d’autres expliquent au contraire pourquoi elle réussit.

Ce sont les KSF : Key Success Factors, ou facteurs clés de succès.

La question change alors complètement.

Il ne s’agit plus de demander : « De quoi cette entreprise dépend-elle ? »

Mais plutôt : « Pourquoi cette entreprise réussit-elle au sein de son secteur ? »

Pourquoi gagne-t-elle régulièrement de nouveaux clients ? Pourquoi conserve-t-elle de bonnes marges ? Pourquoi certains clients restent-ils fidèles depuis dix ans ? Pourquoi traverse-t-elle mieux les périodes difficiles que certains concurrents ? Quelles sont les compétences clés dans le secteur ?

Les réponses peuvent révéler une partie importante de la valeur réelle de l’entreprise.

Identifier ce que l’entreprise fait mieux que les autres

Un KSF peut prendre de nombreuses formes.

Il peut s’agir d’une marque reconnue ou d’un emplacement particulièrement intéressant. L’entreprise peut posséder une technologie difficile à reproduire, un savoir-faire spécifique ou une équipe particulièrement compétente.

Dans d’autres cas, son avantage vient d’un réseau commercial performant, d’une excellente réputation ou d’une base de clients très fidèles.

La différence peut également être opérationnelle. L’entreprise produit peut-être moins cher que ses concurrents. Elle peut être plus rapide, plus flexible ou mieux organisée.

Enfin, certaines sociétés bénéficient de barrières à l’entrée. Une réglementation, un agrément ou une expertise rare peut rendre l’arrivée de nouveaux concurrents particulièrement difficile.

Un facteur de succès n’est donc pas nécessairement spectaculaire.

Souvent, c’est même la combinaison de plusieurs petits avantages difficiles à reproduire qui explique la performance durable d’une entreprise.

Les KSF expliquent les performances passées… et le potentiel futur

L’identification de ces facteurs est particulièrement importante pour un acquéreur.

McKinsey défend notamment l’intérêt d’une Due Diligence stratégique qui ne se limite pas aux aspects financiers, juridiques, fiscaux ou opérationnels. Celle-ci doit aussi permettre de tester la logique stratégique de l’opération et d’identifier les actifs, capacités et relations susceptibles de créer de la valeur.

Cette distinction est essentielle.

Une acquisition ne consiste pas uniquement à acheter un flux de résultats existants. Elle consiste également à acquérir des capacités sur lesquelles construire les résultats futurs.

Prenons une entreprise disposant d’un excellent réseau commercial, mais qui ne vend aujourd’hui qu’une gamme limitée de produits. Ce réseau peut devenir un formidable levier de croissance si l’acquéreur est capable d’élargir l’offre.

De la même manière, une entreprise possédant un savoir-faire technique exceptionnel, mais peu développé commercialement, peut présenter un potentiel considérable.

C’est pourquoi identifier les KSF ne sert pas uniquement à expliquer le passé.

Cela permet de chercher les points d’accélération du business.

Les facteurs de succès survivront-ils à la transmission ?

Une autre question doit cependant être posée : ces facteurs appartiennent-ils réellement à l’entreprise ?

Imaginons qu’une société bénéficie d’une réputation exceptionnelle. Très bien. Mais cette réputation est-elle attachée à la marque ou personnellement à son dirigeant ?

L’entreprise possède un réseau commercial remarquable. Mais les relations appartiennent-elles à l’organisation ou à deux commerciaux proches de la retraite ?

Elle dispose d’un savoir-faire unique. Mais celui-ci est-il documenté et transmis à plusieurs collaborateurs ?

Voilà où KDP et KSF peuvent parfois se rejoindre.

Un facteur clé de succès peut devenir un point de dépendance critique s’il repose sur une seule personne, une seule ressource ou une condition difficilement reproductible.

L’acquéreur doit donc déterminer non seulement ce qui explique la réussite, mais également si cet avantage pourra être conservé après la transmission.

KDP et KSF : analyser le risque sans oublier le potentiel

C’est probablement l’un des équilibres les plus importants d’une Due Diligence.

Il faut identifier ce qui pourrait détruire de la valeur. Mais il faut également chercher ce qui pourrait en créer davantage.

McKinsey souligne d’ailleurs que la Due Diligence financière, à elle seule, n’est généralement pas suffisamment approfondie pour identifier toutes les possibilités de création de valeur d’une opération. L’analyse d’une cible doit donc permettre de réfléchir à ce que l’acquéreur pourra faire de l’entreprise, et pas uniquement au prix qu’il devrait payer.

Les KDP permettent d’identifier les dépendances à surveiller, réduire ou sécuriser.

Les KSF permettent, à l’inverse, d’identifier les avantages à préserver, renforcer ou déployer davantage.

En d’autres termes, l’un permet de travailler sur la protection de la valeur. L’autre sur son développement.

Une grille de lecture complète avant de parler de valeur

Chez B2 Transmission, nous aimons ainsi regarder une entreprise à travers plusieurs dimensions complémentaires.

Le MKS permet de comprendre la réalité du business : ses capacités, ses rendements, ses ressources et ses contraintes.

Le CSO permet de comprendre l’organisation : sa culture, ses équipes, sa structure et son autonomie.

Les KDP révèlent ensuite ses dépendances critiques et les événements susceptibles de fragiliser ses performances.

Les KSF permettent, au contraire, d’identifier ce qu’elle fait particulièrement bien et les avantages sur lesquels l’acquéreur pourra éventuellement s’appuyer pour poursuivre son développement.

Enfin viennent les EUR. Les données financières permettent de traduire l’ensemble de cette réalité en valeur.

Cette grille évite ainsi de considérer l’EBITDA comme une donnée isolée. Elle aide à comprendre pourquoi il existe, ce qui pourrait le fragiliser et ce qui pourrait permettre de l’augmenter demain.

Une acquisition doit protéger la valeur… mais aussi préparer la suivante

Lors d’une acquisition d’entreprise, identifier les risques reste donc indispensable. Mais une analyse entièrement défensive peut conduire à passer à côté d’une partie essentielle du dossier.

Une bonne entreprise n’est pas simplement une société avec peu de risques.

C’est aussi une entreprise qui possède des atouts solides, reproductibles et suffisamment différenciants pour continuer à créer de la valeur.

L’enjeu consiste alors à déterminer lesquels pourront survivre au changement d’actionnaire. Puis à comprendre comment l’acquéreur pourra les renforcer.

C’est là que KDP et KSF deviennent particulièrement intéressants.

Cherchez les points de rupture. Mais cherchez avec autant d’attention les points d’accélération.

Car la bonne question n’est pas seulement : « Qu’est-ce qui pourrait réduire la valeur de cette entreprise ? »

C’est également : « Qu’est-ce qui pourrait lui permettre d’en créer davantage demain ? »

Vous étudiez une entreprise à reprendre ?

Chez B2 Transmission, nous accompagnons les entrepreneurs et acquéreurs dans l’analyse et la réalisation de leurs projets d’acquisition et de transmission.

Notre approche vise à regarder au-delà des seuls chiffres financiers. Comprendre le business, son organisation, ses dépendances et ses moteurs de réussite permet de mieux apprécier ses risques, mais également son potentiel.

Vous avez identifié une entreprise à reprendre ou souhaitez structurer votre réflexion avant une acquisition ?

Sources

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